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L'Association des réalisateurs et réalisatrices de Télé-Québec et l'avenir de la télévision publique

En 1995, Télé-Québec est soumise à des compressions budgétaires draconiennes en plus de confier 80 % de sa programmation originale au secteur privé. Puis, en 2005, d'autres coupes d'importance se traduisent, notamment, par l'abolition d'une centaine d'emplois et par le retrait de la production interne à Montréal (à l’exception des autopromotions). Par conséquent, outre les autopromotions, les seules émissions produites à l'interne sont réalisées en région avec le magazine culturel Méchant contraste ! et le minimagazine de promotion culturelle Pulsart.
 
Les réalisateurs, les régions et Télé-Québec
 
Une douzaine de réalisatrices et de réalisateurs pigistes travaillent à Télé-Québec sur des émissions produites par Télé-Québec (Méchant contraste !, Pulsart et les autopromotions). Ils sont rattachés à dix régions, incluant Montréal, qui couvrent l'ensemble du territoire de la province. Les bureaux régionaux sont le port d'attache de ces réalisatrices et de ces réalisateurs. Il existe donc des bureaux au sein des régions suivantes : Gaspé et Îles-de-la-Madeleine, Côte-Nord, Mauricie, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Estrie, Outaouais, Abitibi-Témiscamingue, Bas-Saint-Laurent et Québec.
 
L'ensemble des réalisatrices et des réalisateurs pigistes qui travaillent à Télé-Québec (de quelques jours en passant par 50 semaines, avec une moyenne de 38 semaines), a un désir sincère de travailler pour Télé-Québec. L'espace de liberté dont ils disposent, relatif mais réel, ainsi que la possibilité de réaliser des documents de qualité qui s'inscrivent dans le cadre d'une programmation porteuse d'une vision sont des sources d’importantes motivations.
 
Les réalisatrices et les réalisateurs en région sont les oreilles et les yeux des citoyens de l'ensemble du territoire panquébécois. Ils aiment leur région et en connaissent les particularités et les enjeux. Ils sont une courroie de transmission entre les citoyens des régions et la diffusion de leur parole à l'écran. Ce sont les mieux placés pour témoigner des réalités de leur région.
 
Il est nécessaire d'accroître la production en région et de donner à Télé-Québec les moyens pour le faire. La production interne à Télé-Québec permet de produire des émissions régionales en créant des emplois en région et en donnant la possibilité aux réalisatrices, aux réalisateurs et aux artisans d'être les porte-parole des citoyens en région.
 
Télé-Québec, c'est notre télévision nationale, mais pour ses artisans c'est aussi une culture d'institution qui témoigne d'une philosophie, d'une vision et de valeurs qui leur sont propres. Sans production à l'interne, cette culture risque de disparaître.
 
La production à l'interne favorise le contrôle éditorial de Télé-Québec et les bureaux régionaux permettent à des artisans, journalistes, techniciens et réalisateurs de travailler au sein de leur région.
 
Ces bureaux sont des infrastructures qui favorisent la production en région. On y retrouve des équipements techniques (salles de montage, caméras, etc.). Ils pourraient être utilisés davantage et permettraient ainsi une plus grande production régionale à des coûts satisfaisants.
 
Télé-Québec
 
Télé-Québec est une télévision publique rassembleuse qui n'est pas assujettie aux seuls impératifs commerciaux et au carcan de la rentabilité, ce qui lui permet de présenter des productions originales et régionales qui ne trouveraient jamais leur place ailleurs. En ce sens, elle est une chaîne nationale nécessaire et indispensable dans le paysage télévisuel québécois.
 
L'identité du Québec n'est pas qu'économique ou montréalaise. Elle est aussi, et surtout, culturelle et bonifiée par la diversité et la richesse que constituent les régions. Télé-Québec est une télévision publique dont un des mandats est de refléter les réalités régionales et la diversité de la société québécoise. Télé-Québec fait partie de notre identité : elle en est le reflet.
 
Télé-Québec et les régions
 
Le Québec est composé d'un ensemble de régions qui constituent sa richesse à travers sa diversité et ses particularités. L'identité du Québec est urbaine et régionale. Il est primordial que Télé-Québec puisse disposer des moyens nécessaires afin de produire davantage en région. Ainsi, elle sera en mesure de mieux répondre à son mandat régional. De plus, si elle ne le fait pas, quelle autre chaîne le fera ?
 
À une époque où certains se demandent s'il faut fermer certaines régions, d'autres s'insurgent avec raison contre la mort d'une partie de l'identité québécoise, d'une partie de ses racines. Il faut donner à Télé-Québec les moyens de produire en région. Car il ne suffit pas de montrer des réalités panquébécoises à travers le prisme d'une vision centralisée. Télé-Québec possède des infrastructures en région et peut faire appel à des journalistes, réalisateurs et artisans compétents au sein de celles-ci. Télé-Québec doit posséder les moyens financiers afin d'intégrer des productions régionales à sa programmation, mais également afin d'agir comme agent de développement économique en région.
 
Les citoyens de l'ensemble du territoire québécois ont le droit de revendiquer une présence à l'écran à travers leur télévision nationale, soit Télé-Québec. Il est légitime qu'ils puissent se reconnaître à travers cette fenêtre identitaire. L'absence d'une véritable parole et d'une visibilité qui témoignent des spécificités régionales à l'écran équivaut à nier l'existence des citoyens en régions périphériques. Pour l'instant, il existe Méchant contraste ! qui est un magazine culturel panquébécois et Pulsart qui est un minimagazine de promotion culturelle, mais est-ce suffisant pour couvrir l'ensemble des enjeux régionaux ?
 
Régions
 
Le gouvernement vante, avec raison, l'ouverture d'esprit de la communauté montréalaise à l'égard des multiples communautés ethniques. Comment se fait-il qu'une telle ouverture d'esprit fasse défaut en ce qui concerne l'ensemble des citoyens des régions ? Comment se fait-il qu'il y ait si peu d'intérêt de la part des « subventionneurs » pour la représentation des multiples réalités régionales sur notre écran télévisuel national ?
 
En raison des impératifs de rentabilité et de la nécessité de faire des profits, il est difficile pour les producteurs privés de produire en région. Le plus souvent, les productions privées sont faites à partir de Montréal, structure centrale qui détermine les contenus et envoie des équipes de production montréalaises réaliser en région. Peut-on alors parler d'une véritable parole régionale et peut-on parler d'une contribution au développement économique des régions ?
 
 
ARGUMENTAIRE COMPOSÉ D'EXTRAITS PROVENANT DE DIFFÉRENTS MÉMOIRES
 
Rôle du réalisateur
 
Des réalisateurs et réalisatrices des cinq continents, réunis à Montréal lors du quatrième Forum international des associations de réalisateurs (FIAR), du 15 au 18 juin 2002, ont déclaré ce qui suit :
 
« Le réalisateur, la réalisatrice, est un artiste et un auteur. »
 
« Le réalisateur transforme sa vision singulière en une œuvre audiovisuelle. »
 
« Le réalisateur dirige toutes les étapes de la création de l’œuvre audiovisuelle. Chaque décision de création lui revient. »
 
« Le réalisateur inspire et intègre à l’œuvre la contribution de tous les collaborateurs dans le processus de création. »
 
« À titre de créateur de l’œuvre audiovisuelle, le réalisateur en détermine la forme finale. »
 
« Les responsabilités des télévisions publiques diffèrent de celles des autres chaînes, et la seule question de la rentabilité ne peut dicter leur conduite. Dans ce contexte, il importe de leur donner les moyens d’offrir aux téléspectateurs une télévision de qualité, informative, audacieuse, diversifiée, avec un contenu qu’on ne trouvera jamais sur les canaux commerciaux. Un financement adéquat, stable, récurrent, des revenus additionnels afin de permettre une production maison rediffusée ensuite sur les nouvelles plates-formes, tout cela est essentiel pour revitaliser nos réseaux publics. »
 
Télé-Québec doit produire en région
 
Extrait du mémoire de l'Association des réalisateurs et réalisatrices de Télé-Québec présenté devant le Groupe de travail chargé de l'examen de Télé-Québec, 2005 :
 
« La production interne en région doit devenir une préoccupation partagée par tous. Elle doit être maximisée. Les bureaux régionaux devraient pouvoir être qualifiés de centres nationaux de production et de réalisation. »
 
« La production en région a trop souvent été négligée, puis reconstruite, et encore oubliée. La philosophie des directions de programme doit être claire et stable. Les ressources financières et humaines doivent venir avec une véritable volonté de produire davantage sur l'ensemble du territoire québécois. Il est bien difficile de conserver des talents en région si nous n'installons pas un volume de production acceptable. En région comme à Montréal, il nous apparaît nécessaire de redéployer nos ressources en fonction de la réalisation des émissions. Les réalisateurs sont convaincus qu'ils peuvent exercer un leadership déterminant sur l'ensemble du territoire québécois. »
 
Pour une télévision citoyenne : soutenir et développer Télé-Québec
 
Extrait du mémoire déposé par l’Observatoire du Documentaire au Groupe de travail chargé de l’examen de Télé-Québec (oct. 2004) :
 
« L’OBSERVATOIRE DU DOCUMENTAIRE se joint aux nombreuses voix qui clament haut et fort l’importance de garder, présente et vivante, TÉLÉ-QUÉBEC. L’urgence d’accorder à notre télévision publique les moyens de jouer son rôle unique préoccupe au plus haut point les membres de l’Observatoire. Parce que Télé-Québec est la seule antenne distincte de la société québécoise, cette mission doit être menée d’une manière encore plus conséquente et efficace. »
 
« Un constat s’impose : Télé-Québec demeure indispensable malgré la prolifération des chaînes spécialisées francophones. Les programmations concurrentes ne font que renforcer la place absolument unique et incontournable que Télé-Québec occupe dans les visées culturelles et éducatives du Québec, une société à la fois ouverte sur le monde et attentive à sa propre évolution. Télé-Québec, encore et toujours, est une télévision engagée qui partage les responsabilités de la société qui la finance et qu’elle dessert. L’Observatoire est d’avis que son impact sur la collectivité ne doit pas être assujetti au barème des cotes d’écoute, mais à celui de la réflexion sociale. »
 
« Même comparée aux autres télévisions publiques, Télé-Québec reste, dans le sens le plus positif du terme, une "autre télévision". On la regarde, parce qu’elle prend les devants, qu’elle défriche, qu’elle ose, qu’elle explore… C’est une télévision qui influence les vents de changement. Elle remplit une fonction parallèle, complémentaire à l’information et au divertissement qui constituent la base de toutes les grilles des diffuseurs. »
 
Un témoin remarquable des réalités régionales
 
« Le lien étroit que Télé-Québec entretient avec la réalité régionale donne à son rayonnement une dimension additionnelle. Ce lien représente en outre le cœur d’un réseau de diffusion et d’animation essentiel qui n’a pas été, à ce jour, suffisamment et adéquatement exploité. C’est une télévision qui a véritablement, grâce au documentaire, des antennes dans tous les milieux.  »
 
« L’OBSERVATOIRE encourage TÉLÉ-QUÉBEC à continuer, toujours, d’oser et d’innover. Il demande au gouvernement d’accorder à la télévision publique les fonds et la latitude nécessaires pour maintenir sa force de frappe, pour continuer de diffuser des voix différentes, des voix nouvelles, des voix visionnaires. »
 
La Culture produit du Travail, et le Travail de la Culture
 
Extrait du mémoire présenté au groupe de travail chargé de l’examen de Télé-Québec par l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) et le Conseil québécois de la Guilde canadienne des réalisateurs (CQGCR), octobre 2004 :
 
« Ainsi, le travail que nous accomplissons en tant que réalisatrices et réalisateurs en collaboration avec Télé-Québec, reflète et transmet le travail de celles et ceux qui œuvrent dans toutes les disciplines artistiques et créatrices du Québec, de même que dans tous les domaines sociaux et politiques. En soutenant Télé-Québec, le gouvernement du Québec fait donc d’une pierre deux coups : il crée des emplois qui, eux, créent des biens culturels et éducatifs utiles à tous les Québécois. »
 
« Voilà pourquoi nous affirmons que Télé-Québec est un organisme absolument essentiel, sain et incontournable. Voilà pourquoi nous affirmons qu’il doit non seulement être maintenu, mais encore renforcé en tant que centre de création, de production, de coproduction avec l’industrie privée et de diffusion de la culture québécoise – et, parallèlement, de propagation des cultures et des réalités sociales et politiques du monde entier. Aucune chaîne ne joue et ne peut jouer le rôle de Télé-Québec dont le Québec a plus que jamais besoin pour refléter sa propre diversité culturelle et cristalliser son identité. »
 
Paul Cauchon, Le Devoir, 5 avril 2004
 
« Une télévision publique, c'est un outil culturel : ses choix de programmation permettent d'enrichir la société québécoise et de donner accès à des paroles, des pratiques, des artistes, des débats qui ont peu accès aux ondes. Que ses cotes d'écoute ne soient pas celles de Star Académie n'a rien à voir avec son importance. »
 
« De nombreuses analyses plusieurs fois citées démontrent que la performance de Télé-Québec est supérieure aux autres télévisions de même nature dans le monde, comme PBS ou Arte. Dans le milieu culturel, tout le monde sait bien qu'une telle télévision pour 60 millions, c'est une aubaine. »
 
 
L'exécutif de L'Association des réalisateurs et réalisatrices de Télé-Québec